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  • : 02/07/2008
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Premier extrait du dernier album de Miossec, Finistériens, largement composé et (totalement) réalisé par Yann Tiersen. Sortie prévue le 14 septembre 2009.

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Dimanche 9 août 2009
Paris, Gallimard, coll. Folio, 2008, 582 pages, 8,60 €.
- E4 -


Comme tout le monde, j'ai indirectement beaucoup entendu parlé de ce livre cette année.
En effet, lors du dernier Salon du Livre de Paris, France Culture et Télérama ont remis leur prix annuel à Antoine Bello pour son roman Les Éclaireurs.
Alors pourquoi s'intéresser aux Falsificateurs si c'est Les Éclaireurs qui a retenu ton attention ? Eh bien, c'est une très bonne remarque lecteur. La raison est simple : Les Éclaireurs est le deuxième tome des Falsificateurs. Y en aura-t-il un troisième ? Je n'en sais rien. L'auteur ne le sait pas lui-même, comme il le reconnaissait au micro de Tewfik Hakem en mars dernier. En attendant, il nous livre ces deux pavés – je n'ai lu que le premier, mais ça ne devrait pas tarder à changer...


Le CFR – Consortium de Falsification du Réel – est une organisation secrète dont le nombre de membres – appelez-les plutôt agents – est tenu confidentiel – on parle d'eux en millier, mais ça n'a jamais été prouvé jusqu'à maintenant –, dont les motivations sont tenus confidentiels, dont les financements sont tenus confidentiels, et dont les dirigeants sont tenus confidentiels. Tout ceci pour sa survie – un agent fait prisonnier ne pourrait rien révéler car il ne sait rien lui-même.
Que connaît-on de cette organisation alors
? Seulement son mode de fonctionnement.
Le recrutement. Il se fait par l'intermédiaire d'agents sous couvert d'un recrutement classique pour une entreprise lambda... Baldur, Furuset & Thorberg, Compañia Argentina del Reaseguro, etc. Celui-ci est très strict : quatre entretiens permettant de déterminer les aptitudes du candidat pour le poste qu'on serait à même de lui proposer.
Test. Lorsque celui-ci est embauché, on lui prépare une mission lors de laquelle on falsifie un certain nombre de documents, de données afin de voir les réactions de l'employé face à celles-ci. Si celles-ci sont conformes à un certain protocole et qu'on juge l'employé apte à passer à autre chose on lui propose une nouvelle affectation : le CFR.
CFR. On lui demande s'il veut travailler pour l'organisation. Il cherche à savoir ce qu'est cette organisation. On ne lui dit que le strict minimum : c'est une organisation secrète qui falsifie le réel. Et on lui dit une certaine vérité : personne ne sait pourquoi – hormis le Comité exécutif dont personne ne connaît les membres – mais la seule chose que le recruteur peut dire à l'employé est comment.
Le dossier. Un agent du CFR est payé pour créer des dossiers qui développe des histoires nouvelles qui doivent s'inscrire dans le monde, et se découpe en deux temps : un scénario qui raconte l'histoire, et une liste de documents à falsifier pour que cette histoire soit intégrée au monde et à son Histoire, admise et que personne ne remonte jusqu'au CFR – ces dernières tâches sont confiées à des agents expérimentés dans le domaine de falsifications sur le terrain.

Sliv Darthunghuver est un de ces candidats qui accepte la mission pour des motivations ludiques. S'amuser à créer des personnages, des histoires, des légendes... Cependant, même s'il s'amuse – ce qu'il fait le passionne –, même s'il voyage et aime à découvrir le monde, à se considérer comme le citoyen du monde qui œuvre pour la planète, il ne peut s'empêcher d'être tiraillé entre son besoin et la peur de savoir ce qu'il fait et pour qui il le fait.
En moins de quatre ans il va gravir les échelons comme Gunnar Eriksson – son employeur, patron et bientôt ami faisant figure paternelle – n'a jamais vu de sa carrière. Il va se sentir fier de son travail. Créer des scénarios, monter des dossiers.  Se fera des amis Magawati et Youssef...

Mais tout cela n'est qu'une illusion qui le conduira droit à sa perte, mais surtout à celle d'un homme... Oui, pour sa propre survie, le CFR doit éliminer des gens.
Et toutes ses illusions tombent...

Peut-il l'accepter ?


Le style est net, efficace, logique. Sliv Darthunghuver, islandais et géographe de formation argumente, réfléchit et développe les différentes logiques qui se montrent à lui avant de s'arrêter sur une vérité. C'est cette personnalité que le style du roman rédigé à la première personne met en avant, en usant de nombreux connecteurs logiques tels que « ainsi », « mais », « donc », « du reste » qui organise la réflexion du narrateur... et du lecteur.
Car en effet, Les falsificateurs ne se contentent pas de livrer un thriller bien ficelé, de divertir avec une histoire qui emporte le lecteur, doublée d'un univers riche, puissant et très documenté, et dans laquelle rien n'est laissé au hasard. Non. Ce roman pousse à la réflexion.

L'Écriture.
La quatrième de couverture nous dit « Roman vertigineux et paranoïaque qui convoque les obsessions de Borgès, Dick et Le Carré, ce thriller mêle la réflexion sur l'information, et la représentation du monde, à celle sur le fantasme de l'écrivain démiurge transformant le monde par la magie des mots et de la littérature » et c'est bien de cela qu'il s'agit.
Rien n'est laissé au hasard. Antoine Bello nous parle de « scénario », parsème son roman d'expressions telles que « semblant avoir été écrit(e-s) pour moi »... bien qu'il s'agisse d'un thriller prenant pour sujet le complot (c'est ainsi qu'il révèle qu'il n'y a jamais eu de chienne Laïka dans l'espace, mais qu'il s'agit bien d'une histoire montée de toutes pièces par un agent du CFR) il interroge sur l'écriture, il démonte le processus de création. Comment développer une idée ? Comment en sélectionner une d'une autre ? Comment influer sur le lecteur et faire croire à son histoire ? Comment est accompagné un écrivain (qui n'est jamais seul mais s'entoure toujours de personnes compétentes qui sont là pour l'aider dans sa tâche : l'éditeur, l'assistant de l'éditeur, le correcteur, le relecteur... pour conduire à une histoire toujours plus riche et cohérente) ? Il met intelligemment à nu ce pouvoir de l'écriture et son processus de création qui mène au chef d'œuvre, ce « dossier » qui sera reconnu de par le monde, que l'on ne remettra jamais en question, qu'on prendra pour simple et qui couronne une carrière (!).
Les Falsificateurs nous font comprendre qu'écrire n'est pas simple, c'est un vrai travail de « tâcheron » (et ce n'est pas Philippe Djian qui viendrait le contredire1).

La Vérité.
La quête des Falsificateurs n'est pas le graal, n'est pas la perte du plus grand méchant de tous les temps (adieu Voldemort), non, la seule et unique quête qui hante tous les agents du CFR est la vérité.
Eux qui la transforment à souhait au fil de toutes les manipulations qu'ils font dans les archives, les cimetières, les rapports, les mémos, les livres et manuscrits, eux qui mettent leur vie au service du mensonge ne recherche qu'une seule chose : la vérité. Celle qui concerne le CFR. Et seul six personnes la connaissent, ceux qui composent ce mystérieux Comité exécutif, ceux qui définissent le plan triennal du Consortium. Ce qui pousse Sliv à monter tous les échelons c'est savoir qui sont exactement ses employeurs.
On comprend au fil des pages que le monde n'est pas simple. Qu'il n'existe pas une vérité une, mais de multiples vérités qui se contredisent avec l'Histoire. Une mappa mundi qui nous fait dire que les Vikings ont découvert le Nouveau Monde avant Christophe Colomb pendant des décennies vient à se révéler être un faux. Tous les jours les progrès scientifiques conduisent à reconsidérer notre monde. La Terre est ronde apprend-on un jour alors que pendant des siècles on l'imaginait plate...
Mulder disait « la vérité est ailleurs ». Oui. Mais où est-elle ? Si nous le savions, nous lèverions-nous tous les jours ?

Le Mystique.
Et finalement, à partir d'un sujet aussi simple, a priori, on en arrive au plus important. Le mystique. Le religieux.
Le Comité exécutif du CFR ne serait-il pas celui qu'on appelle communément Dieu ? Le CFR ne serait-il pas la vie, dans une société où la seule valeur est celle du travail, où le travailler plus pour gagner plus est ce qui prime avant tout autre chose ? La quête de Sliv ne serait-il pas la quête de tout homme ? Nous savons tous comment vivre, comment survivre, mais encore personne ne sait pourquoi. Pourquoi sommes-nous sur Terre ? Depuis combien de temps ? Comment sommes-nous apparus ? Mais nous continuons, tous les jours, à nous battre en nous disant « un jour je saurai ». Mais un jour saurons-nous ?

Et un jour, Sliv, saura-t-il ?

En somme, je considère Les Falsificateurs comme un chef d'œuvre, un roman à mettre aux côtés de À la recherche du temps perdu, Le seigneur des anneaux, qui n'est qu'une fable a priori, mais qui révèle tant de chose, autant sur le monde que sur nous-mêmes.

Pour clore cet article je vais laisser la place à Antoine Bello et ses deux derniers mots qui clôturent le premier volet d'une série riche et éprouvante :
« À suivre... »



1. Voir « Philippe Djian : "La littérature est un vrai travail d'artisan, de tâcheron" », Thierry Richard, Le magazine des livres, Numéro 16, mai 2009, p. 24-29.
Publié dans : Littérature - Communauté : Lettres et littérature
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