Jeudi 10 septembre 2009
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2009
12:02
États-Unis, Showtime, 2009-en production
- EEE -
Quand une jeune prodige de 31 ans ayant reçu l'Oscar du meilleur scénario original 2008 et le plus grand réalisateur de cinéma s'associent sur un projet ambitieux, ça donne un mélange explosif.
En 2002, Diablo Cody, alors qu'elle n'a que 24 ans, sort son premier livre, Candy Girl : A Year in The Life of an Unlikely Stripper, fondé sur son expérience de stripteaseuse. Son blog et son livre font un bruit retentissant Outre-Atlantique. C'est le début du succès. Seulement, pour mériter la couronne de lauriers il lui faut plus. Bien plus. C'est alors qu'elle écrit Juno, un film qui raconte l'histoire d'une jeune fille de 16 ans qui tombe enceinte et qui décide de garder l'enfant pour le faire adopter – comédie poignante, drôle et toujours juste, au passage. Pour ce film, elle obtient l'Oscar du meilleur scénario original 2008.
Steven Spielberg, quant à lui, né en 1946...
Et puis, non, pas besoin de vous faire sa biographie. Tout le monde le connaît. La seule chose qu'il faut retenir, c'est qu'il produit United States of Tara. Autant dire que son nom signe l'audace, la force et la maturité de sa jeune créatrice.
Tara.
Âge : la quarantaine.
Sexe : féminin.
Mère de famille.
Passion : la peinture.
T.
Âge : 16 ans.
Sexe : féminin.
Adolescente rebelle, extraverti et toujours prête à mettre les deux pieds dans le plat.
Passion : le sexe, la drogue et la fête.
Buck.
Âge : la cinquantaine.
Sexe : masculin.
Vieux célibataire.
Passion : les armes à feu, la cigarette et les pornos.
Alice.
Âge : la quarantaine.
Sexe : féminin.
Femme au foyer.
Passion : le ménage et l'éducation de ses enfants.
Gimme.
Âge : indéterminé.
Sexe : indéterminé.
Indéterminé.
Passion : indéterminé.
... ces cinq personnes n'en font en fait qu'une seule : Tara Gregson. Souffrant d'un trouble dissociatif de la personnalité depuis un long moment, elle partage son corps avec cinq personnalités différentes qui peuvent se manifester à tout moment. Elle ne connaît pas l'origine de sa maladie, mais pense qu'un lourd traumatisme subi dans son adolescence finissante, suivi d'une amnésie partielle, en est la source. Mais rien n'est moins sûr.
Elle n'est pas seule à subir ces « transitions » – comme elle nomme elle-même l'apparition de nouvelles personnalités. En effet, elle est mère de deux enfants. L'une, Kate, a 19 ans et est très dure à gérer : rebelle, elle est toujours prête à braver l'autorité. L'autre, Marshall, a 14 ans et souffre d'une timidité maladive ; passionné de vieux films (comme Mark Loring, dans Juno), il a du mal à accepter son homosexualité hors du cocon familial. Son mari, Max, est toujours à ses côtés, prêt à voler au secours de sa femme et à endosser ses responsabilités lorsque celle-ci n'est plus à même de les embrasser. Enfin, il y a la sœur, Charmaine, qui ne tolère plus cette situation, ne croit pas en l'existence de cette maladie et souffre de jalousie vis-à-vis de Tara qui, pense-t-elle, malgré la destruction qu'elle apporte à son entourage proche, a tout ce qu'elle désire mais n'a pas.
Les acteurs.
Cette série est complètement déjantée. Toutes les personnalités – Tara, T., Buck, Alice et Gimme – sont admirablement portées par le jeu de Toni Collette – que l'on a pu découvrir dans les drolatiques Little Miss Sunshine et Muriel. Même si celles-ci frôlent parfois la caricature, au fur et à mesure des épisodes, on apprend à les aimer et à voir ce qui se cache derrière elles.
Les rôles secondaires sont tous aussi attachants. On croit en chacun d'eux. On s'attache à chacun de leurs tracas qui, même si l'on reste dans une situation pour le moins irréelle, sonnent toujours justes. On regrettera sans aucun doute le personnage de Kate qui est beaucoup moins intéressant que les autres.
Le générique.
On ne nous cache pas les influences de Diablo Cody. En effet, dès le générique, on se rend compte que celle-ci s'inspire librement de Desperate Housewives [le visionner ici]. L'effet visuel de celui-ci est exactement le même, bien qu'il soit beaucoup mieux traité et développé. Oui, il quitte le simple champ de l'effet pour s'inscrire dans le fait : on nous montre un livre se présentant comme un album de jeunesse cartonné et en relief qui s'ouvre et se déplie avec ses nombreux tableaux qui décrivent le quotidien de notre quadragénaire. De plus, comme Marc Cherry, Diablo Cody s'intéresse à la femme moderne de quarante ans qui s'occupe de ses enfants. Seulement, elle laisse les petits meurtres en amis, les drames externes pour s'intéresser à ceux qui se déroulent en coulisse. La mort laisse la place à la folie psychologique.
Malheureusement, outre l'originalité de l'intrigue, la frontière entre ces deux séries tend à se réduire au fil des épisodes : dans les derniers de la première saison, on est déçu de constater l'apparition d'une voix off en ouverture et en clôture, et leur achèvement par une séquence montrant les derniers gestes de la journée de chacun des personnages. Sur ce dernier point, dommage.
L'arc narratif.
Le début de la première saison se présente comme un feuilleton. On s'intéresse à chacun des personnages / personnalités sans but sous couvert. Il n'y a a priori aucune intrigue commençant au premier épisode pour se résoudre au dernier – ce qu'on appelle dans le jargon de la série télévisée, l'arc narratif. Seulement, force est de constater que l'accent est mis dès la seconde moitié de cette première série d'épisodes sur une interrogation prégnante dès le premier, mais qui n'était pas mise en avant : quelle est l'origine de cette maladie. Aura-t-on la réponse ? Pas dans la première saison. Sûrement ne l'aura-t-on jamais. Mais c'est ce qui fait le charme de cette série. Tout est dans la justesse. Les questions mises en avant sont des interrogations qui semblent naturelles : à chaque maladie on cherche la source avant le remède.
Finalement, cet arc ne serait-il pas un simple prétexte pour nous pousser à regarder toute la série ? Peut-être. En tout cas, il ne me semble pas que ce soit ce qui retiendra les spectateurs. Je pense que cette série a de l'avenir. Dans un premier temps, tout tournera autour de Tara pour ensuite s'en dégager et s'intéresser plus profondément aux autres tracas des personnages – on pense par exemple aux évolutions de How I met Your Mother ou d'Ugly Betty. Avec un tel début, on ne peut s'attendre qu'à une évolution naturelle, tranquille et très intéressante de ce qui me semble être une nouvelle manifestation de ce que la télévision peut faire de meilleur.
- EEE -
Quand une jeune prodige de 31 ans ayant reçu l'Oscar du meilleur scénario original 2008 et le plus grand réalisateur de cinéma s'associent sur un projet ambitieux, ça donne un mélange explosif.
En 2002, Diablo Cody, alors qu'elle n'a que 24 ans, sort son premier livre, Candy Girl : A Year in The Life of an Unlikely Stripper, fondé sur son expérience de stripteaseuse. Son blog et son livre font un bruit retentissant Outre-Atlantique. C'est le début du succès. Seulement, pour mériter la couronne de lauriers il lui faut plus. Bien plus. C'est alors qu'elle écrit Juno, un film qui raconte l'histoire d'une jeune fille de 16 ans qui tombe enceinte et qui décide de garder l'enfant pour le faire adopter – comédie poignante, drôle et toujours juste, au passage. Pour ce film, elle obtient l'Oscar du meilleur scénario original 2008.
Steven Spielberg, quant à lui, né en 1946...
Et puis, non, pas besoin de vous faire sa biographie. Tout le monde le connaît. La seule chose qu'il faut retenir, c'est qu'il produit United States of Tara. Autant dire que son nom signe l'audace, la force et la maturité de sa jeune créatrice.
Tara.
Âge : la quarantaine.
Sexe : féminin.
Mère de famille.
Passion : la peinture.
T.
Âge : 16 ans.
Sexe : féminin.
Adolescente rebelle, extraverti et toujours prête à mettre les deux pieds dans le plat.
Passion : le sexe, la drogue et la fête.
Buck.
Âge : la cinquantaine.
Sexe : masculin.
Vieux célibataire.
Passion : les armes à feu, la cigarette et les pornos.
Alice.
Âge : la quarantaine.
Sexe : féminin.
Femme au foyer.
Passion : le ménage et l'éducation de ses enfants.
Gimme.
Âge : indéterminé.
Sexe : indéterminé.
Indéterminé.
Passion : indéterminé.
... ces cinq personnes n'en font en fait qu'une seule : Tara Gregson. Souffrant d'un trouble dissociatif de la personnalité depuis un long moment, elle partage son corps avec cinq personnalités différentes qui peuvent se manifester à tout moment. Elle ne connaît pas l'origine de sa maladie, mais pense qu'un lourd traumatisme subi dans son adolescence finissante, suivi d'une amnésie partielle, en est la source. Mais rien n'est moins sûr.
Elle n'est pas seule à subir ces « transitions » – comme elle nomme elle-même l'apparition de nouvelles personnalités. En effet, elle est mère de deux enfants. L'une, Kate, a 19 ans et est très dure à gérer : rebelle, elle est toujours prête à braver l'autorité. L'autre, Marshall, a 14 ans et souffre d'une timidité maladive ; passionné de vieux films (comme Mark Loring, dans Juno), il a du mal à accepter son homosexualité hors du cocon familial. Son mari, Max, est toujours à ses côtés, prêt à voler au secours de sa femme et à endosser ses responsabilités lorsque celle-ci n'est plus à même de les embrasser. Enfin, il y a la sœur, Charmaine, qui ne tolère plus cette situation, ne croit pas en l'existence de cette maladie et souffre de jalousie vis-à-vis de Tara qui, pense-t-elle, malgré la destruction qu'elle apporte à son entourage proche, a tout ce qu'elle désire mais n'a pas.
Les acteurs.
Cette série est complètement déjantée. Toutes les personnalités – Tara, T., Buck, Alice et Gimme – sont admirablement portées par le jeu de Toni Collette – que l'on a pu découvrir dans les drolatiques Little Miss Sunshine et Muriel. Même si celles-ci frôlent parfois la caricature, au fur et à mesure des épisodes, on apprend à les aimer et à voir ce qui se cache derrière elles.
Les rôles secondaires sont tous aussi attachants. On croit en chacun d'eux. On s'attache à chacun de leurs tracas qui, même si l'on reste dans une situation pour le moins irréelle, sonnent toujours justes. On regrettera sans aucun doute le personnage de Kate qui est beaucoup moins intéressant que les autres.
Le générique.
On ne nous cache pas les influences de Diablo Cody. En effet, dès le générique, on se rend compte que celle-ci s'inspire librement de Desperate Housewives [le visionner ici]. L'effet visuel de celui-ci est exactement le même, bien qu'il soit beaucoup mieux traité et développé. Oui, il quitte le simple champ de l'effet pour s'inscrire dans le fait : on nous montre un livre se présentant comme un album de jeunesse cartonné et en relief qui s'ouvre et se déplie avec ses nombreux tableaux qui décrivent le quotidien de notre quadragénaire. De plus, comme Marc Cherry, Diablo Cody s'intéresse à la femme moderne de quarante ans qui s'occupe de ses enfants. Seulement, elle laisse les petits meurtres en amis, les drames externes pour s'intéresser à ceux qui se déroulent en coulisse. La mort laisse la place à la folie psychologique.
Malheureusement, outre l'originalité de l'intrigue, la frontière entre ces deux séries tend à se réduire au fil des épisodes : dans les derniers de la première saison, on est déçu de constater l'apparition d'une voix off en ouverture et en clôture, et leur achèvement par une séquence montrant les derniers gestes de la journée de chacun des personnages. Sur ce dernier point, dommage.
L'arc narratif.
Le début de la première saison se présente comme un feuilleton. On s'intéresse à chacun des personnages / personnalités sans but sous couvert. Il n'y a a priori aucune intrigue commençant au premier épisode pour se résoudre au dernier – ce qu'on appelle dans le jargon de la série télévisée, l'arc narratif. Seulement, force est de constater que l'accent est mis dès la seconde moitié de cette première série d'épisodes sur une interrogation prégnante dès le premier, mais qui n'était pas mise en avant : quelle est l'origine de cette maladie. Aura-t-on la réponse ? Pas dans la première saison. Sûrement ne l'aura-t-on jamais. Mais c'est ce qui fait le charme de cette série. Tout est dans la justesse. Les questions mises en avant sont des interrogations qui semblent naturelles : à chaque maladie on cherche la source avant le remède.
Finalement, cet arc ne serait-il pas un simple prétexte pour nous pousser à regarder toute la série ? Peut-être. En tout cas, il ne me semble pas que ce soit ce qui retiendra les spectateurs. Je pense que cette série a de l'avenir. Dans un premier temps, tout tournera autour de Tara pour ensuite s'en dégager et s'intéresser plus profondément aux autres tracas des personnages – on pense par exemple aux évolutions de How I met Your Mother ou d'Ugly Betty. Avec un tel début, on ne peut s'attendre qu'à une évolution naturelle, tranquille et très intéressante de ce qui me semble être une nouvelle manifestation de ce que la télévision peut faire de meilleur.
Publié dans : Le point série
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